Femmes et esclaves : l’expérience brésilienne 1850 – 1888 de Sonia Maria Giacomini

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Avec Femmes et esclaves, Sonia Giacomini traite d’un thème rarement abordé dans la littérature sur l’esclavage, la condition des femmes esclaves. Elle y examine les tensions inhérentes à leurs rôles sociaux et s’attelle à déconstruire les mythes entretenus par l’historiographie nationale sur la mansuétude propre à l’esclavage brésilien. Elle donne aussi à voir certaines des racines historiques de la situation actuelle des femmes au Brésil, en particulier des femmes noires appartenant aux classes pauvres.
« Femmes et esclaves, écrivent les préfacières, est un ouvrage pionnier dans le combat contre la vision mensongère d’un esclavage débonnaire et clément, propice à un métissage harmonieux et à l’intégration des femmes noires. En inscrivant la dialectique du genre, de la race et de la classe dans l’histoire du Brésil, il met en lumière la participation des femmes esclaves aux processus de libération. »
Le Brésil fut l’un des plus grands pays esclavagistes. Près de 5 850 000 Africains, soit plus de 45% du total des esclaves transportés d’Afrique vers les Amériques arrivèrent au Brésil. Aujourd’hui, il est aussi le pays qui produit le plus de recherches sur l’esclavage.

mon avis

spJe remercie grandement babelio et la maison d’édition IXE pour l’envoi de ce livre. Je réitère publiquement mes excuses concernant le retard inhabituel de la publication de cette chronique.

Décidément, en ce moment le peu d’articles publiés sur ce blog ne concernent presque que la période « noire » de notre Histoire. Ce thème occupe une petite place sur mon blog mais une très grande dans mon coeur. C’est un thème, une période, qui me donne toujours les frissons. Qu’il soit en film, bd, manga, série tv, livre… tout mon être  est tourné vers ce pan de notre Histoire si honteux et si difficile à comprendre. Comment la bêtise ainsi que la cruauté humaine peuvent-elles être aussi grandes ? Cela me dépasse encore de nos jours!

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Vous le savez peut-être ou peut-être pas, durant ma première année de fac en lettres modernes j’ai décidé de suivre en littérature comparée un cours sur la figure du marron dans notre littérature française. Ce cours nous dévoilait donc un courant littéraire peu connu mettant principalement en avant une vision anti colonialiste de l’esclavagisme (principalement sur les îles caribéennes). Livres ayant pour principal motif de mettre en avant la figure de l’esclave comme étant un homme maître et acteur de son propre destin et non plus comme un animal vil et passif. Ainsi, nous avons étudié avec plaisir l’un des ouvrages de Carpentier favorable à la négritude. L’autre thème sous-jacent de notre cours concernait la place que prenaient les femmes esclaves dans cette société esclavagiste (thème abordé notamment grâce aux livres de Scharz-bart ou Morison). Femmes parfois minoritaires dans la minorité, le destin des femmes esclaves est souvent poignant et déstabilisant une fois narré.

Sonia Maria Giacomini nous livre  un ouvrage fort intéressant qui nous transporte ici non pas en Guadeloupe (cf ouvrages cités plus haut) mais au brésil dans les années 1850-1888 (date de la fin de l’esclavage au brésil).

Le 13 mai 1888, la loi Aurea (ou loi d’Or) met fin à l’esclavage au Brésil. L’empire du Brésil est ainsi le dernier État occidental à rompre avec cette pratique honteuse.

La loi Aurea est l’aboutissement d’un long processus qui commence un siècle plus tôt en Angleterre avec le mouvement antiesclavagiste.

Mères nourricières

Aux USA Les noirs et les blancs ne pouvant boire de l’eau sous la même fontaine en conséquence pour l’allaitement le sein droit était réservé aux enfants de blancs

Il est quelque peu déroutant d’admettre que quelque soit l’endroit, les pratiques esclavagistes ainsi que « la traite négrière » sont systématiquement déshumanisantes, immorales et totalement violentes. Le langage diffère en fonction du pays : une mulâtresse en guadeloupe sera appelée au brésil une parda par exemples. Mais le fond, la douleur, reste le/la même : il/elle est vécu/e de manière fortement universelle.

Ce petit livret, c’est un peu comme une bible (en tout cas c’est devenu la mienne). C’est un document d’une centaine de pages qui révèle et recèle énormément de choses, toutes autant captivantes les unes que les autres. Nous avons soif d’apprendre, de lire, de découvrir. C’est une mine d’informations. Un travail titanesque de documentation, de reconstitution, d’écriture que je souhaite saluer du plus profond de mon coeur.

Fazenda : Une fazenda est une grande propriété agricole au Brésil.


Feitor : contremaitre


Mina : esclaves de la côte guinéenne


Quilombo : Un quilombo désigne au Brésil une communauté organisée d’esclaves ou de réfugiés.

Car non seulement, la documentation concernant l’époque de l’esclavage en France reste ensevelie sous un amas de légendes, de préjugés, de présumés… C’est un pan de l’histoire qui fascine car raconté par les vainqueurs celle-ci a une toute autre saveur que lorsqu’elle est racontée par « les vaincus » (ou en tout cas les opprimés). L’histoire change, est remaniée, modifiée par le temps, par les époques et les plaies, elle est mouvante,parfois insaisissable. Où est le vrai du faux? Et c’est en toute impartialité que Sonia Maria Giacomini a imposé sa plume pour nous présenter un thème d’autant plus compliqué à manier, à déterrer, à documenter.

 

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Le destin des femmes esclaves est certainement un gros point d’interrogation dans l’histoire même de l’esclavage. De nos jours, peu de grandes figures de femmes esclaves perdurent dans nos esprits (à part peut être celle de la mulâtresse solitude… Et encore…). Et il est bon de préciser un nouveau point de vue, éloigné de ce préjugé qui dénonçait les femmes esclaves comme étant « protégées » par les maîtres grâce à leur fragilité de naissance (celle conférée par cette condition de femmes, soumises et fragiles). Ce livre nous démontre l’étendue et surtout le pouvoir de destruction de l’esclavagisme. Qui va jusqu’à détruire des familles, détruire un corps physique d’une personne pour en arriver à en lui ôter son âme (la détruire psychologiquement). Les esclaves ne sont plus humains, ils sont objets, propriété, vendus comme de simples meubles, bradés, marchandés comme au marché aux puces. Vous serez certainement étonnés voir choqués d’apprendre qu’il existait au brésil, comme partout au monde, des journaux spécialisés dans les annonces de ventes/locations d’esclaves. Il était courant d’y lire pareilles annonces :

 

 

à louer, bonne nourrice ayant

mis bas il y a vingt jours, très affectueuse avec les enfants (jornal do commercio, 1er août 1850)


A vendre […] négresse de nation, jeune, avec un petit pardo de quelques mois. Elle a du bon lait, sait faire les tâches basiques, sans vice ni maladie. On la vend par nécessité (ibid, 10 août 1850)

annonce

Les femmes étaient exploitées, simples corps qui permettaient de faire tourner la maison, d’allaiter les enfants blancs, de les élever,d’assouvir les pulsions sexuelles des uns et des autres. Elles devaient subir en silence, ne pouvaient pratiquement jamais se rebeller car éloignées d’outils, elles étaient avant tout des mères, vivaient enfermées (cf : « les servantes recluses »)…

Pour en finir avec l’ouvrage en lui même (puisque cette chronique risque de trop s’éterniser), je l’ai beaucoup apprécié. Il est scindé en plusieurs chapitres qui peuvent se lire indépendamment. Pour ma part, j’ai survolé le chapitre 2 intitulé « La « famille » esclave » que j’ai trouvé un tantinet répétitif et bien moins attrayant que les autres. C’est un puits d’information intarissable. J’ai eu au départ un petit peu peur de vite m’ennuyer en le lisant pour la simple et bonne raison (sans prétention) que j’avais l’impression de connaître déjà sur le bout des doigts ce sujet en particulier (pour l’avoir révisé encore et toujours en vue des partiels). Hors,comme je l’ai stipulé plus haut les expressions diffèrent de la guadeloupe, les situations aussi, les lois ne sont pas les mêmes, les articles de presse non plus… De ce côté là, j’ai énormément appris !

Tour d'abandon

Un tour d’abandon (ou « boîte à bébé ») est un lieu où les mères peuvent laisser de manière anonyme leurs bébés, généralement nouveau-nés, pour qu’ils y soient trouvés et pris en charge.

Ce que je regrette peut-être le plus c’est certainement le format de l’ouvrage. Qu’il aurait été sincèrement plaisant d’avoir en sus des images pour illustrer les propos de l’auteure. Ce qui aurait d’ailleurs permis de mieux entrevoir certaines situations. Mais,il est vrai et j’en convient que ce travail déjà titanesque aurait été doublement ralenti 1) par la recherche de photos adéquates 2) par le budget (puisque les photos ne sont pas libres de droit). J’ai tout de même regretté de ne pas avoir un scan par exemples des journaux de presse concernant les annonces pour la vente/location d’esclaves, un dessin de la fameuse tour d’abandon, un décret des lois présentées…

vert

vert = très bon

 

 

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