De l’obscurité à la lumière – jamais sans mes enfants de Salwa Courage

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spTout ce que j’ai vécu, tout ce que je n’ai pas pu dire, je l’écris. Il y a trois choses essentielles dans ma vie et qui l’ont marquée à jamais : l’absence de ma mère, l’absence d’un « père » et l’absence de mes enfants.Trois malheurs et trois bases de l’enfer que j’ai vécu. Je suis une mère de deux enfants, Masirène et Eli, que j’aime de tout mon cœur et à qui je dédie ce livre. C’est peut-être une manière de demander pardon et de donner « la preuve » de ma souffrance durant des années. Cette souffrance qui m’a amenée à maltraiter ma fille et à ne pas savoir être une maman aimante et sécurisante. Cette souffrance est réelle et n’excuse en rien ce que j’ai fait endurer à ma fille Masirène, et indirectement à Eli. L’abandon, la maltraitance, le rejet, la dépression post-partum, et les troubles transgénérationnels ont eu le temps de s’installer en moi jusqu’à ma descente aux enfers, sans que personne de mon environnement familial, amical, professionnel ne se rende compte de ce que je vivais.

 

mon avis

Je remercie de nouveau les éditions Baudelaire pour cet envoi. Ce petit livre de moins de 100 pages est avant tout un journal intime, une auto-biographie, d’une vie meurtrie et malmenée. Salwa porte bien son pseudonyme « courage » puisque c’est ce que j’appelle une « femme courage », toujours debout malgré les événements qu’elle aura vécus dans sa vie. Court roman autobiographique, chargé d’une puissance émotionnelle extrême, qui n’a pas but ni nécessité d’émouvoir le lecteur. Bien au contraire, Salwa ne veut pas la compassion, à travers ce roman elle se livre, elle veut seulement le pardon. Et cet écrit est l’un des pas qui pourra l’amener vers celui-ci.

Dans plusieurs familles tunisiennes le grand frère est toujours appelé « sidi », « seigneur ». Donc, dans une famille, le garçon est le seigneur de ses soeurs, sa place de roi dans son trône (la famille) est toute tracée

Salwa est une tunisienne qui a été « élevée » par une famille très croyante, très conservatrice, pratiquement extrémiste dans ses idéaux, sa conception de la société, sa conception de la femme esclave et soumise. Salwa est une enfant, elle n’est ni la fille, ni la soeur, elle n’est rien.Pas un membre de la famille, elle est comme elle se nomme « un objet de désir, un objet de convoitise ». Sa mère est morte quand elle était très jeune, son père n’était pas là. Ou plutôt,si, trop présent, comme une ombre néfaste qui mange le peu de lumière qui existe dans le coeur de cette jeune enfant. Père de multiples enfants (9 demi frères et soeurs en tout) mari de trois femmes consécutives. Femmes parentes, qui sont de lointaines cousines, petite cousines. Salwa évolue dans une atmosphère familiale de violence : bouc émissaire d’une belle mère qui a elle aussi été violentée par LE fameux père. Victime de tous,incomprise de personne. Salwa à double peine : elle a « tué » sa mère et elle est une femme.

« C’est vrai que c’est plus facile de jeter une chose cassée que d’essayer de la réparer. Finalement, ça n’a pas changé, j’étais toujours une chose,un objet pour vous. Quant à la personne, je ne pouvais être une personne, une humaine dans vos esprits »

Dans ce roman, plusieurs thèmes sont abordés. Thèmes qui sont toujours d’actualité, même en 2017, même en France. Salwa fait un lien entre le « bled » et la France, bienfaitrice France, qui selon elle ne voit pas combien certains enfants sont en détresse. Dans des familles qui croulent sous le poids des traditions, traditions qui persistent, qui certaines heurtent et fragilisent l’âme d’un enfant. Le mariage forcé, qui même de nos jours est monnaie courante, tabou dont on ne souhaite pas parler. Les familles recomposées, avec ce fameux « regroupement familial » , où ce sont les membres de la famille qui élèvent les enfants en bas âge. Le viol, la violence, envers les femmes, qui sont esclaves des hommes. La liberté, ou le manque de liberté, les femmes ne disposent parfois pas de volonté physique ou psychique. La  maltraitance envers les enfants, qui ne sont pas épaulés par le système éducatif. La maladie, celle qui bouffe l’âme et le mental, dont la dépression post partum (aussi appelé baby blues). La nécessité de s’instruire, d’aller à l’école pour s’élever au delà des « on dit », de l’aura des « autres ».

Et c’est le même rituel, on écorche le genou de la fille et on lui trempe 7 dattes dans son sang, on baragouine des phrases incompréhensibles et elle mange les 7 dattes mélangées à son sang. Et pourtant, ça n’a pas empêché la perte de virginité de certaines avant leur mariage!

Si ce livre est une belle claque émotionnelle, un beau message d’espoir, de reconquête, d’amour en quelque sorte (ce livre nous fait aimer notre propre vie,notre propre famille). Les mots sont bien choisis, j’ai coloré les pages de post-its tellement certaines phrases/citations de l’auteur étaient belles, vraies. C’est un véritable hymne à l’amour, une vraie mise à nue de cette femme déjà marquée par la vie, par l’injustice. Un ouvrage dédié à ses propres enfants, qui finalement nous place (nous lecteurs) dans un rôle presque de voyeurs, en même temps d’admirateurs.Oui, cette femme est debout.Oui, cette femme a commis des erreurs.Mais,l’erreur est humaine.

De cette période, je me rappellerai toute ma vie la nuit de noces que j’ai vécue dans la souffrance ; ce n’était pas une nuit de noces, c’était une nuit de viol. Je n’ai ressenti aucun désir pour ce garçon,mais la famille attendait le fameux drap, une chemise de nuit tachée de sang, pour prouver que la fille était bien vierge

C’était un récit fort, qui a cependant été un peu terni par un travail éditorial en demi teinte. Le remaniement de l’ouvrage serait nécessaire, car si tout se tient,tout se comprend, parfois,le texte est assez répétitif. Certains passages auraient du être collés à d’autre,en précéder d’autres.. Le texte est disloqué d’une manière éparse, certes,à la manière d’un journal dont on a noirci les pages jours après jours.Mais, cela donne un effet lourdingue au bout d’un temps, lorsque les mêmes mots (je pense à « folie ») sont répétés X fois dans un même passage par exemples… C’est dommage, ce texte aurait pu être relu,remanié, pour être d’autant plus percutant,émouvant. C’est cette mise en page brute, ce manque de « relecture » qui m’a essoufflée aux dernières pages. Les 10 dernières pages étaient pour ma part indigestes puisqu’elles se répétaient sans cesse… Mais je garde en mémoire les premières pages, je garde en mémoire cette histoire, et je remercie Salwa pour ce beau partage.

Comment se fait il que des garçons grandissent ici en France, aillent à l’école avec tous les emblèmes de la France, EGALITE, LIBERTE, FRATERNITE, et qu’une bonne partie d’entre eux obéissent encore à des lois de traditions de leurs parents et non pas aux lois de la république?

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orange = moyen

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